Comment installer des éoliennes en France ? Est-ce facile ? Alors que l’opposition se fait de plus en plus vive entre les partisans de la lutte contre le réchauffement climatique d’une part et d’autre part les associations de riverains qui se constituent pour défendre leur cadre de vie et leur perspective paysagère, l’encadrement juridique du développement éolien me paraît une question intéressante. Voici donc un bref article (je n'envisage pas par exemple la question de la propriété foncière) qui précise les quelques grands principes applicables en droit français et régissant la procédure. Nous verrons que ce n’est pas si simple…
1. Contexte général
Le développement des énergies renouvelables s’inscrit dans le cadre du protocole de Kyoto ratifié par l’Union Européenne le 31 mai 2002.
En France, cet objectif a été traduit par la loi 2005-781 du 13 juillet 2005 de programme fixant les orientations de la politique énergétique (ou « loi POPE ») transposant la directive 2001/77/CE du 27 septembre 2001 relative à la promotion de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables sur le marché intérieur de l’électricité.
La loi affirme ainsi « qu'il convient d'atteindre l'objectif indicatif d'une production intérieure d'électricité d'origine renouvelable de 21 % de la consommation intérieure d'électricité totale à l'horizon 2010 ». L’objectif reste cependant difficile à tenir, puisque seul 12,6% de l’électricité consommée en France en 2004 était d’origine renouvelable, 13% en 2007
L’éolien est l’un des fers de lance de l’énergie renouvelable en France mais n’y représentait en 2007 que 6% de la production d’électricité renouvelable avec 4100 GWh produits en 2007. Il bénéficie d’un potentiel considérable, avec pour l’éolien terrestre, un potentiel de 26 GW (pouvant produire 66 TWh/an) et pour l’éolien maritime, un potentiel de 30 GW (pouvant produire 90 TWh/an). L’éolien était en 2004 encore peu développé en France, mais a connu un spectaculaire développement depuis, passant d’un peu moins de 400 MW de puissance installée à 1400 MW fin 2006.
Le développement de l’éolien en France reste difficile, handicapé par de fortes résistances locales liées aux nuisances sonores et paysagères associées aux éoliennes. Selon certains auteurs, ces préoccupations se sont traduites par une volonté du législateur de limiter la construction d’éolienne, inscrite par exemple à l’article 2 de la loi POPE qui précise que, pour satisfaire les objectifs de production d’énergie renouvelable, l’action de l’Etat « vise à limiter [...] l'impact paysager des éoliennes ».
2. Contexte juridique de l’implantation des éoliennes
Avant d’exploiter des éoliennes, il faut tout d’abord les construire. Cela nécessite un permis de construire préfectoral pour toute éolienne de plus de douze mètres. Ensuite, il faut obtenir l’autorisation et d’exploiter de l’énergie.
Cette dernière responsabilité se divise en deux parties : la construction de l’éolienne incombe aux communes ou aux établissements publics de coopération (intercommunale) tandis que l’autorisation d’exploitation revient à la direction de l’énergie (DGEC) rattachée au ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire. Il convient ensuite de raccorder l’installation à un réseau, national ou autre et de faire ainsi une demande de raccordement.
Enfin, pour bénéficier de l’obligation d’achat qui aujourd’hui assure la viabilité de la production d’électricité d’origine éolienne, le producteur doit demander un contrat d’achat vis-à-vis d’EDF et remplir un certain nombre de conditions, dont la plus importante est l’implantation dans une zone de développement de l’éolien (ZDE).
Toutes ces procédures sont indépendantes, mais bien sûr des ponts existent entre elles, d’autant plus que les services de l’Etat ont pu parfois prendre les devants et réfléchir aux perspectives de développement de l’éolien comme par exemple dans le département de la Manche qui a élaboré un schéma départemental éolien particulièrement élaboré. En réalité, l’ensemble des procédures concernent le même projet, et les informations se recoupent donc souvent.
2.1 Le rôle initiateur des communes
La possibilité d'aménager, d'exploiter, de faire aménager et de faire exploiter une « nouvelle installation utilisant les autres énergies renouvelables » – et donc le vent – est réservée aux communes et établissements publics de coopération (intercommunaux ou syndicats mixtes par exemple), dans les limites de leur territoire de compétence selon l’article L. 2224-32 du Code général des collectivités territoriales. Ce sont donc ces collectivités et non les régions ou les départements qui sont les interlocuteurs afin d’installer des installations éoliennes et assurent la maîtrise d’ouvrage.
Les contrats passés entre les communes ou les établissements publics de coopération et des tiers afin d’aménager et exploiter des éoliennes sont des contrats de délégation de service public soumis aux dispositions des articles L. 1411-1 et suivants du Code général des collectivités territoriales, l’article L. 2224-32 précisant que l’intervention publique doit s’effectuer « dans les conditions prévues par le présent code ».
Afin de convaincre les collectivités locales d’installer des éoliennes sur leur territoire, les industriels disposent d’argument de poids : les éoliennes sont en effet assujetties à la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), sauf pour les éoliennes de très faible dimension (CGI, art. 1380 et 1381-1) qui sont assujetties à la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) ainsi qu’à la taxe professionnelle (CGI, art. 1447).
Les communes et les établissements publics de coopération intercommunale ont également un rôle moteur dans la constitution des « zones de développement de l’éolien » ou ZDE en proposant leur élaboration au préfet. En effet l’article 10-1 de la loi 2000-108 du 10 février 2000 modifiée dispose que les ZDE « sont proposées par la ou les communes dont tout ou partie du territoire est compris dans le périmètre proposé ou par un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre ».
2.2 Le rôle décisif des services de l’Etat
L’Etat intervient à plusieurs niveaux : c’est d’abord le préfet qui délivre le permis de construire pour toute éolienne de plus de 12 mètres. Ensuite, ce sont également les services de l’Etat qui statuent sur la création des zones de développement de l’éolien.
2.2.1 La construction des éoliennes
Le préfet doit donc délivrer un permis de construire pour chaque éolienne de plus de douze mètres de hauteur. Il s’appuie pour ce faire sur la direction départementale de l’équipement (DDE). Il dispose d’un délai de cinq mois pour statuer.
Les projets d’éoliennes d’une hauteur inférieure à 50 mètres doivent faire l’objet d’une notice d’impact selon l’article R. 122-9 13° du Code de l’environnement. Ils sont en effet dispensés d’étude d’impact mais doivent indiquer « les incidences éventuelles des [éoliennes] sur l’environnement et les conditions dans lesquelles l'opération projetée satisfait aux préoccupations d'environnement ».
Par contre, les projets d’une hauteur supérieure à 50 mètres doivent faire l’objet d’une étude d’impact, s’inscrivant dans le cadre d’une enquête publique.
Le ministère de l’écologie et du développement durable a édité en janvier 2005 un guide sur l’étude d’impact, actualisé en 2006. Il s’agit d’un document d’une lourdeur certaine, faisant appel à une multitude d’acteurs et de compétences et source d’incertitudes. Il est cependant possible de demander à l’autorité compétente de préciser les informations devant figurer dans l’étude dans une logique de collaboration. Les points les plus importants concernent bien sûr l’insertion paysagère des éoliennes, mais également l’impact sur la faune et la flore de l’installation, ainsi que sur les fréquences radars ou bien encore sonore. L’étude d’impact est insérée dans le dossier soumis à enquête publique.
2.2.2 Les zones de développement de l’éolien
La loi ne prescrit pas que les éoliennes doivent être situées dans des zones de développement de l’éolien (ZDE). Il est donc théoriquement possible d’installer des éoliennes sans que la zone où elles s’implantent soit une ZDE ou même après que la proposition de ZDE ait été refusée. Cependant, les motifs de refus risquent fort d’être identiques, ce qui ne plaide pas en la faveur de cette éventualité. Surtout, les éoliennes ne pourront alors bénéficier de l’obligation d’achat, réservée aux seules éoliennes situées dans les ZDE. L’énergie éolienne restant trop chère, tout l’intérêt de l’opération serait ainsi annihilé à moins qu’il ne soit accepté d’investir à perte.
La proposition émane ainsi des communes ou établissement public de coopération intercommunale. C’est ensuite le préfet qui statuera sur la demande qui est instruite par les services des directions régionales de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE), qui s’occupent elles-mêmes des aspects liés au potentiel éolien et aux possibilités de raccordement aux réseaux électriques
La décision du préfet portant délimitation de la ZDE doit intervenir dans un délai maximal de six mois à compter de la réception de la proposition émanant soit des communes concernées soit de l'établissement public de coopération intercommunale. L'avis des communes limitrophes dont tout ou partie du territoire est compris dans la zone de développement de l'éolien est également requis. Ces avis sont réputés favorables faute de réponse dans un délai de trois mois suivant la transmission de la demande par le préfet. Il est précisé que le préfet « veille à la cohérence départementale des zones de développement de l'éolien et au regroupement des installations afin de protéger les paysages »
Exemple de zde en picardie
3. L’exploitation des éoliennes
3.1 Le raccordement au réseau existant
Le guide publié par la Commission de régulation de l’énergie est à cet égard très éclairant : « La demande de raccordement est nécessaire pour une installation de production nouvelle, ainsi que pour toute modification substantielle d’une installation de production existante. Elle s’effectue auprès d’un des gestionnaires de réseau public (RTE, ERDF ou une entreprise locale de distribution) en fonction du domaine de tension de référence fixé par les textes réglementaires relatifs au raccordement des installations de production. Le gestionnaire du réseau instruit toute demande d’un producteur en recherchant si le raccordement de l’installation au réseau public le plus proche constitue une solution technique et financière raisonnable et au moindre coût, tant pour lui-même que pour le demandeur ».
Le gestionnaire du réseau prend en charge la majorité des frais de raccordement, mais effectuera alors les travaux selon son propre calendrier, en établissant une liste équitable de priorité. Par contre, le producteur d’énergie pourra prendre intégralement en charge les frais de raccordement et ainsi raccourcir les délais.
La demande passe par la signature de contrats d’accès au réseau qui est lui –même précédé d’une convention de raccordement, document plus technique. La contractualisation se traduit par des conventions de raccordement et des conventions d'exploitation et de conduite.
La procédure de raccordement se déroule en plusieurs étapes : Collecte des caractéristiques de la future installation ; Recherche d'un schéma de raccordement satisfaisant les besoins de l'utilisateur et les contraintes de réseau (sécurité, sûreté…) ; Évaluation économique des diverses solutions possibles ; Fourniture d'une proposition technique et financière précisant coûts et délais de réalisation ; Réalisation des ouvrages
L'acceptation de la proposition technique et financière se concrétise par la signature :
- d'une convention de raccordement qui indique la nature des ouvrages à réaliser, les coûts, les délais…
- d'une convention d'exploitation qui définit les responsabilités de chaque acteur pour assurer une bonne insertion de l'installation dans le système électrique
- et, si besoin, d'une convention d'essai à mettre en œuvre avant la mise en service industriel de l'installation puis tout au long de sa vie si nécessaire
3.2 L’autorisation d’exploiter
L'autorisation d'exploiter une installation de production électrique ne découle pas du permis de construire. Elle doit être délivrée par le ministre chargé de l'énergie selon la loi du 10 février 2000, qui est aujourd’hui celui en charge au ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire. Les services compétents sont ceux de la Direction de l’énergie (DGEC). L’autorisation n’est obligatoire que si la puissance installée est supérieure à 4,5 MW. En dessous, l’obligation n’est que déclarative.
Le délai pour statuer est de quatre mois.
L’autorisation est nominative et incessible. Lors du dépôt d'une demande d'autorisation d'exploiter une nouvelle installation de production, le ministre chargé de l'énergie en rend publique les principales caractéristiques en terme de capacité de production, de source d'énergie primaire, de technique de production et de localisation afin d'assurer une parfaite transparence.
Les critères de délivrance de l'autorisation mettent en jeu principalement le sérieux de l’exploitant, qui doit disposer des compétences techniques nécessaires et des ressources financières suffisantes.
3.3 L’obligation d’achat
Cette obligation pèse sur l’opérateur de l’électricité en France, c’est-à-dire EDF qui se voit imposer d’acheter les énergies renouvelables à un tarif avantageux. Sans ce tarif, leur construction et leur mise en œuvre ne serait pas rentable. S’assurer de sa mise en place est donc indispensable pour tous les exploitants.
En matière d’éolienne, il faut, pour pouvoir bénéficier de l’obligation d’achat, que les turbines soient situées dans une zone de développement de l’éolien (ZDE) (cf ci-dessus).
Pour en bénéficier, il faut adresser au préfet un dossier précisant notamment les modalités de raccordement au réseau électrique. Il devra être accompagné de la demande de contrat d’achat vis-à-vis d’EDF. Le préfet dispose d’un délai de deux mois pour répondre. Cette étape ne devrait pas poser de difficultés particulières, une fois le label ZDE obtenu.
3.4 Concession du domaine public maritime
Une autorisation domaniale est nécessaire pour les éoliennes situées sur le domaine public maritime d’après l’article L. 2122-1 du Code général des propriétés des personnes publiques. Cette demande est de la compétence du préfet.
4. Le démantèlement des éoliennes
L'article L. 553-3 du Code de l'environnement prévoit que l'exploitant d'une installation produisant de l'électricité à partir de l'énergie mécanique du vent est responsable de son démantèlement et de la remise en état du site à la fin de l'exploitation. Pour garantir la bonne exécution de ces obligations, l'exploitant est tenu de constituer en cours d'exploitation, les garanties financières nécessaires. Ces garanties doivent être apportées, dans le cadre des éoliennes off-shore, dès la construction.